Ce n’est pas une mince affaire et les choses à dire et à méditer sont multiples…

Deux semaines passées à Bikaner en échange de Services : Auprès d’Ashok à qui nous pouvons poser toutes nos questions, nous essayons de mieux comprendre ce pays et les réactions parfois étrange des gens qui l’habitent…

Mais avant de présenter quelques uns des points que nous avons abordés avec Ashok, mieux vaut parler un peu de notre ressenti :

Nos impressions après un mois et demi à visiter le pays :

Elles sont, il faut l’avouer, plutôt mitigées…

Nous sommes assez enchantés par ce que nous pouvons voir en terme de couleurs, dans les marchés, les villes, les tenues et les visages des autochtones…

L’architecture est souvent splendide, les scènes de vies à observer dans les villes, les bords de lacs et de rivières, les temples, ne manquent pas et souvent nous amusent et nous intriguent, et toujours attirent notre attention.

Les animaux présents à chaque coin de rues, surtout des vaches et des chiens, mais aussi beaucoup de singes et d’oiseaux, parfois un éléphant ou des chèvres, des ânes ou des chameaux ne manquent pas de nous interpeller à chaque fois…

L’art pictural et de l’ornementation est très présent et souvent très beau, un vrai régal pour les yeux, de même que sont les nombreux temples et vestiges visibles dans chaque ville du pays…

Les paysages et les visages varient du tout au tout d’une région à l’autre, et c’est toujours épatant de voir le décors changer au fil des trajets en bus et en train… Aussi on trouve autant de villes démentes surchargées de milles et un détails, que de place quasiment désertiques ou la nature domine, ces contrastes sont récurrents d’une place à l’autre et toujours nous impressionnent…


En revanche le contact avec les gens est plus difficile que partout ailleurs, nous sommes souvent dévisagés, fixés du regard, parfois les gens s’arrêtent de parler pour nous observer, nous sommes montrés du doigt… Alors de temps en temps un sourire ou un « Namaste » en appel un autre et d’autres fois on reste confronté à un regard noir ; pas toujours plaisant mais on apprend à faire abstraction. Certain vont même jusqu’à nous taper dans l’épaule pour mieux nous montrer à la personne à qui ils sont train de parler de nous dans leur langue qu’on ne comprend pas, et là c’est plutôt agaçant…!

Dévisagés et observés par des gens qui ne souhaitent pas nous adresser la parole c’est ce que nous sommes le plus souvent.

Après il y a quand même un bon nombre de personnes qui souhaitent êtres prises en photos avec nous, on comprend pas trop pourquoi, mais en général ceux là sont souriant et polis alors on accepte pour leur faire plaisir et les choses s’arrêtent là ; c’est toujours plus agréable que quand ils viennent planter le viseur de leur smartphone a quelques centimètres de nous sans formuler la moindre demande ou même adresser un bonjour…

Viennent ensuite tous ceux qui nous abordent avec un tout net « Hey, which country ? » limite on finirait par croire que c’est notre prénom, la plus part du temps une réponse et une poignée de main (et souvent aussi une photo) plus tard ils passent leur chemin, semblant heureux d’avoir obtenu cette information capitale… Pour la plus part ils sont jeunes et semblent autant curieux de savoir qui nous sommes, que maladroits dans leur façon de nous aborder. On ne peut pas dire que ce soit gênant ou dérangeant, mais c’est parfois un peu lassant quand cela arrive cinq à dix fois par demie journée… (Ou quand le « which country ? » n’est qu’un prétexte pour forcer l’entrée dans notre chambre où ils se plantent et observent tout comme s’il pénétraient un musée, ok c’est un peu anecdotique mais c’est du vécu…! Un jour trois individus nous ayant aperçut sur le toit de la guest à Bikaner sont carrément monté jusqu’à la porte de notre chambre et l’on poussée sans rien demander pour venir se planter à l’intérieur afin de mieux nous observer, là on les a vite reconduit dehors, merci, au revoir ! (ce jour là on était pas d’humeur…!))

Dans les coins touristiques c’est un cran au dessus en terme de pénibilité :

Les vendeurs des différents magasins de souvenirs et produits locaux sont très entreprenant, ils cherchent par tous les moyens à nous attirer dans les boutiques ou nous n’avons rien l’intention d’acheter, alors le concept de la promenade tranquille est à oublier… La réponse « non » est quelque choses qu’ils ne semblent pas vraiment comprendre et un « non » franc appelle souvent plus d’arguments et donc moins de tranquillité, la feinte qu’on à trouvé est de répondre par l’hypothèse avec un « peut être plus tard » sinon il faut carrément les ignorer et ne même pas répondre aux bonjours… Mais comme on est plutôt des personnes polies en général on à un peu du mal…!

Il faut aussi prendre en compte tous ceux qui veulent vous jouer de la musique, vous faire un tour de magie, vous lire les lignes de la main, vous faire visiter la rue, le monument, nettoyer vos chaussures ou vos oreilles, vous vendre un safari en chameau, un plan de la ville, des bijoux, ou même de l’herbe… Et là c’est bien plus que de la fermeté qu’il faut avoir car ils sont tous assez tenaces et n’hésitent pas à vous suivre sur plusieurs mètres pour vous convaincre de répondre par le oui ! Alors quand nous, ce qu’on aime le plus c’est déambuler dans les rues et observer le décors, ces longues minutes de négociations pour réussir à rester tranquille c’est vraiment pas ce qui nous éclate le plus… Enfin ces personnes cherchent à gagner leur vie alors on ne peut pas vraiment leur jeter la pierre, en revanche, nous on ne peut pas accepter toutes les propositions de tous le monde car on finirait sans le sous en moins d’une semaine !

S’ajoutent à ces vendeurs d’objets et de services en tous genres, beaucoup de mendiants de tous ages, des enfants qui marchent à peine, aux vieillards blessés… Certains éveillent en nous beaucoup d’empathie et on aimerait bien avoir les moyens de donner à tous, mais là encore en étant un peu lucide c’est juste impossible… Du coup on essaye de toujours avoir une ou deux pièces à portée de main pour pouvoir leur donner quelque chose, et aussi il faut malheureusement l’avouer pour se défaire des plus insistants… Après ces situations ne sont jamais évidentes et notre sentiment au final est que certains d’entre eux ont certainement besoin de ce qui leur est donné, alors que d’autres ont un radar à touristes bien affuté et que c’est certainement juste un moyen de se faire de l’argent facile évitant ainsi l’effort du travail au maximum…

Ceux à qui on à envie donner la première place des gens super pénibles qu’on supporte de moins en moins bien, sont ceux qui trainent aux abords des temples et des lieux dit sacrés…! Ils sont de tous les plus entreprenants, et viennent vous coller une fleur dans la main ou un bout de ficelle autour du poignet  avant que vous ayez le temps de dire ouf, pour très rapidement vous demander ensuite une donation, précisant que les gens donnent habituellement 500, 1000, 2000 roupies… (là on y croit pas du tout!) La plus part du temps rien ne semble officiel, beaucoup d’entre eux n’ont pas plus l’air que vous ou moi d’appartenir au temple ni d’œuvrer pour son entretient, et on a aussi beaucoup de mal à penser que quelque chose dans les textes sacrés qu’ils suivent soit réellement en lien avec le fait de devoir aller taper les sous de son prochain… Bref, la religion on a déjà un peu du mal au début, mais faire passer pour le respect de leur culture et de leur lieux de cultes, la demande telles sommes on trouve ça carrément aberrant… Notre pensée est qu’on préfère simplement donner de l’argent à ceux qui ont l’air de manquer de nourriture dans la rue qu’à ceux qui semblent très bien portant et vont : soit le mettre dans une boite en offrande dans le temple soit se le mettre carrément dans la poche. Et autant dire qu’entre ces deux dernières options je ne sait même pas laquelle est la plus détestable…

Résultat on devient menteur : On a déjà fait un super safari en Chameau dans la ville précédente, voire on en à même fait deux ! On a fait une donation de 1000 roupies hier, on préfère nos chaussures sales, on est allergique au poils de chèvre… Tout ça fait travailler l’imagination et le jeu d’acteur, le tout étant de trouver suffisamment vite la répartie adaptée pour couper court !

Il y a un autre petit pourcentage de personnes très insistantes mais qui ne nous demande rien d’autre que de les suivre chez elles, souvent l’offre est de venir partager une tasse de thé, mais elle arrive après moins de 30 secondes passées ensemble à un coin de rue… Avec beaucoup de pression pour qu’on vienne : là, maintenant, tout de suite…!! Là ça nous semble vraiment trop louche, peut être qu’on est flippé, ou peut être un peu parano, mais on préfère ne pas tenter le diable et on a jamais répondu oui dans une telle situation.

Enfin il y a un pourcentage encore plus infime (mais il y en a quand même ! ) de personnes avec qui nous avons un bon contact, rencontrées dans le train, ou à la terrasse d’un café, ou à l’hôtel… Des personnes avec qui on a pu discuter un moment sans que cela n’appelle aucune demande financière ou bizarre. Sans qu’aucun regard ou comportement trop étrange ne soit généré à notre encontre, mais je crois que nous pouvons les compter sur les doigts d’une main… Les personnes qui gèrent les hôtels ou les guest house sont eux aussi très avenants, souriants et aimables, avec eux on peut échanger assez facilement et le contact est facile. Mais de leur coté c’est leur métier et ils ont, de ce fait, l’habitude de fréquenter des étrangers il est donc logique qu’il ne considèrent, ou du moins ne traitent, pas leurs clients comme des spécimens étrangement curieux !

Sans parler de comment les gens réagissent à notre contact,  c’est la question de la condition humaine, celle de l’Homme, qui nous semble la plus troublante ici…

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Le contraste entre les riche et les pauvres est omniprésents et les indiens ont une capacité démente à s’ignorer les uns les autres. Quand un enfant vient mendier dans le train certain arrivent à ne même pas lui adresser un seul regard, comme s’il était transparent… inexistant… (Après quelques séance d’observation on comprend mieux pourquoi ils foncent le plus vite possible sur les touristes ! ) Nous venons d’un pays ou dans le contact avec les personnes qui font la manche le sourire et l’échange de quelques mots est possible même si nous n’avons rien à donner… Ici sourire ou parler à quelqu’un qui tend la main (ou tente de vendre quelque chose) revient à s’assurer qu’il ne nous lâchera pas avant d’avoir eu ce qu’il attend… Ignorer l’être humain qui s’adresse à nous est une des choses qui me semble des moins évidente à réaliser… A ce jour nous oscillons toujours entre le tenter, et vouloir donner, en se doutant bien qu’en agissant de la sorte on encourage en quelques sorte la mendicité, laissant croire que le touriste est riche et qu’il est normal que ce soit à lui de donner, bien que l’on ne soit pas d’accord avec ce dernier postulat. Mais quelle est la bonne attitude à adopter ? La question reste entière… Les personnes qui dorment et vivent à même les trottoirs des grandes villes n’ont rien d’une légende, elles ne se trouvent pas dans les coins les plus touristiques de chaque ville mais on en rencontre partout, et là encore elles semblent invisibles pour la foule qui leur passe autour et par dessus sans que cela ne pose le moindre souci à personne… C’est un fait, mais cela reste très troublant même au bout de plusieurs semaines ici.

Nous parlons de l’Homme en général, mais la femme et l’enfant nous semblent pouvoir avoir une condition encore plus délicate…
Les femmes ici semblent bien plus que les hommes dirigées et contraintes par la culture traditionnelle, autant on voit beaucoup d’hommes se promener en groupe, revêtir des tenues non traditionnelles, boire des coups, fumer… Autant très rares sont les femmes que l’on croise vêtues autrement que de saris colorés, nous n’en avons vue aucune boire ou fumer, on compte sur les doigts de la main celle que l’on a pu voir dehors les épaules découvertes… Tout ici nous laisse croire que la femme doit être cachée, et cela remonte loin dans l’histoire : en témoigne les moucharabiehs dans les palais, destinés à les cacher des regards des visiteurs, les howrah spéciaux complètement fermés dans lesquelles les épouses de maharajah étaient déplacées, les nombreux visages voilés, les longues tenues qui trainent jusqu’au sol… Les indiennes semblent pourtant très belles, elles portent des couleurs, des bijoux, se maquillent, mais il est très rare d’avoir à faire à elles dans la vie de tous les jours, très rare d’en voir tenir un commerce ou un hôtel… La femme ici semble plus contrainte aux taches du domicile et ses contact avec l’extérieur semblent être de manière générale assez limitées…

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La position de l’enfant nous interpelle aussi beaucoup… C’est tout ou rien nous semble t-il. Certains ressemblent à ce que nous appellerions les enfants roi : tout leur est permis, ils crient, font des caprices et obtiennent ce qu’ils veulent, nous l’avons observé plusieurs fois dans le train, dans les hôtels et chez Ashok… Personne ne leur dit rien quand ils renversent des trucs partout dans un wagon, quand ils courent sur les jambes et les affaires d’autres passager… Quand avec leurs parents ils rentrent à leur chambre d’hôtel au milieux de la nuit et chantent en criant… Ashok lui même laisse faire à son fils tout ce qu’il veut : si l’ordinateur est occupé pour le travail mais que le petit veut faire une dessin il lui donne le pc ! Le gamin se trimballe toute la journée avec une paire de RayBan sur le nez dans la maison, joue avec sa tablette et ne dit jamais bonjour, cela semble normal…

En opposition complète à ceux là d’autres ont une vie bien moins dorée… Certains semblent obligés de travailler dès leur plus jeune age, vendant des bijoux dans la rue, nettoyant des chaussure ou mendiant…

D’autres ont la chance de pouvoir faire des études mais n’ont pas le droit de choisir lesquelles : C’est le cas du jeune A. neveu du propriétaire, que nous avons rencontré dans la guest house de Bikaner. A. a 17 ans et étudie la construction des bâtiments dans une école à Bikaner, ou il vit loin de ses parents, il nous avoue vite que ces études ne lui plaisent pas mais qu’il n’a pas eu le choix… Il passe ses journée entre ses cours et le travail qui lui est imposé par son oncle à la guest house, en revenant de ses cours il doit servir et desservir les repas, il est sans cesse appelé par son oncle qui hurle à travers tout le bâtiment pour le faire venir et réaliser toutes les taches possibles… Nous verrons un jeune homme qui en dépit de tout ça reste toujours souriant et avenant, il semble prendre plaisir à venir nous retrouver dans notre chambre pour discuter avec nous. Nous comprenons vite qu’ici le quotidien est assez stricte pour lui, ce que font chez nous les jeunes de son age, comme se divertir, sortir, voir des amis… ne lui est pas permis ! Même boire des boissons gazeuse n’est pas toléré par son oncle, nous lui partageons nos Sprite, Coca et autres produits bien industriels qu’il semble prendre un malin plaisir à consommer en cachette ! C’est donc avec les guest étrangers qu’il vient prendre un peu de bon temps, nous le trouvions un peu collant le premier jours mais nous comprenons vite l’explication de ce comportement et ne pouvons que lui ouvrir grand notre porte aussi souvent qu’il le souhaite. Nous observerons que les guest indiens le traitent de la même manière que son oncle, sans sourire et de façon très impérative pour obtenir au besoin tout et n’importe quoi…  Ce jeune homme que nous avons vu régulièrement pendant deux semaines est une des plus belles rencontres que nous avons faite ici, nous restons en admiration devant sa capacité à rester toujours souriant et heureux. C’est aussi la personne qui nous semble la plus curieuse et la plus ouverte d’esprit que nous avons rencontrée, nous avons pas mal échangé avec lui et à aucun moment il ne semble porter de jugement sur nos us et coutumes, au mieux il s’en amuse, toujours il nous précise que lui ne fera jamais ça (boire, fumer ou manger de la viande) mais toujours il reste très respectueux et très curieux…
L’exemple du jeune A. nous laisse croire qu’il doit en être de même pour de nombreux jeunes ici, l’individu ne semble pas vraiment accepté en tant que tel et sa vie est dirigée par les volontés de sa famille. Ici les enfants appartiennent aux parents et ne semblent pas avoir une grande marge dans les choix qu’ils peuvent faire ou non… [Nous quittons A. en l’entendant dire que nous allons lui manquer, nous le remercions chaleureusement pour sa gentillesse, son aide et sa présence à nos cotés. Nous lui souhaitons de conserver son formidable caractère et toute sa curiosité… Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite, de continuer à bien étudier espérant que le travail qu’il trouvera dans sa vie d’adulte lui permettra de s’émanciper un peu de toutes les contraintes dictées par sa famille… Avec lui et par internet nous continuerons d’échanger et c’est un bonheur !]

Au delà du rapport à l’humain deux autres points nous interpellent et sont parfois un peu dérangeant :

Le bruit : est plus qu’omniprésent, ici les enfants ne parlent pas ils crient, c’est dans les transports en commun que c’est le plus éprouvant…! Dans les villes et les rues le brouhaha est infernal, les cris des vendeurs se mêlent à d’incessants coups de klaxon. Ici le klaxon semblent être le moyen de communication n°1 en ville, il remplace et le frein et le clignotant ! Résultat ce sont les tympans qui morflent… Et le plus absurde dans tout ça c’est qu’on voit des vendeurs de boules-quiès partout et bon nombre de conducteur de deux roues en portent… Plutôt que d’essayer de faire moins de bruit avec ton klaxon, bouche toi les oreilles ! Logique !!

La saleté : comme le bruit est assez omniprésente… Peut être même plus ! Pour le coup ce n’est pas un cliché, on entend souvent dire que l’Inde c’est pas très propre ! Il n’y a rien de plus vrai, c’est bien dommage…
Tous les animaux présent en villes font leurs besoin n’importe où, alors il faut toujours regarder ou on met les pieds si on veut éviter de glisser ou de pourrir ses vêtements… A la limite ce sont des animaux donc on comprend qu’ils ne se posent pas tant de question avant de se lâcher n’importe où, mais il faut noter que beaucoup d’humain en font de même… Et c’est au quotidien qu’on peut voir des hommes uriner dans les caniveaux ou ailleurs. Très rarement mais c’est possible on aperçoit des femmes en faire de même, il y a pourtant pas mal de toilettes publiques, mais peut être que les odeurs qui s’en échappent ont raison de ceux qui devraient les utiliser…?!
Il y a très peu, voir pas de système de ramassage des ordures, du coup on en trouve absolument partout… Du reste de repas, aux emballages en plastique et alu par centaines, en passant par des restes de vêtements et de chaussures, des déchets d’entreprises, des couches et pleins d’autres un peu partout… Aussi jamais le gouvernement n’a du tenter quelques campagne de prévention que ce soit, et tout le monde ici laisse ses déchets n’importe ou très naturellement ! Dans les trains et les bus ils passent par la fenêtre sans que personnes ne se pose plus de questions. Résultat les bords des voies ferrées ont des allures de décharges publiques. Et il vaut mieux, quand on est à pieds, bien contourner les bus à l’arrêt si on ne veut pas risquer de se prendre une poignée de détritus sur le coin du nez ! Il n’y a pas de tout à l’égout dans les villes indiennes, d’ailleurs les égouts ne sont pas enterrés et des caniveaux emplis d’eau croupissante longent le bord de toutes les rues, et c’est tout naturellement que tous jettent dedans tout et n’importe quoi… Ainsi parfois ils débordent, parfois le contenu se transforme en une boue noirâtre et malodorante qu’il faut évacuer à la main… Et là sincèrement on plaint les malheureux que l’on a vu faire ça !
La propreté dans les hôtels et restaurant est souvent toute relative, à plusieurs reprises nous essuierons les résidus et les poils collés au fond de nos assiettes avant d’y mettre la nourriture servie dans le plat. Les lits ici ne connaissent pas les draps, les couvertures ou couettes sont toujours proposées sans housse et avec la crasse des occupants précédents ! Il faut donc dire que, de tout ce que nous avons emporté, notre sac à viande est surement la chose la plus utile de toutes ! (Après il faut avouer qu’on cherche quand même les logements à petits budgets donc la crasse ici n’est pas notre souci principal, et que c’est beaucoup plus propre dans les chambres qui coutent plus de 30€ la nuit…)

Maintenant la reflexion se prolonge un peu grace à l’aide d’Ashok, voici quelques uns des points que nous avons pu aborder avec lui :

Un pays régit par un système de castes… Une culture de la tradition…

Les castes, comme un système de valeur… Un moyen de classer les êtres humains ? Une chose qui nous demande beaucoup d’efforts pour devenir un peu plus compréhensible… Mais qui reste largement hors de ce que l’on peut admettre sereinement !
Chaque indien appartient à une caste, elle lui vient de ses parents qui l’ont eux même obtenue des leurs et ainsi de suite… Aucun d’entre eux ne semble pouvoir choisir de s’en défaire ou d’en changer. La pression sociale est telle que chacun veut rester dans la sienne et ne supporterait pas le regard des autres s’il tentait l’expérience. Aussi la famille à beaucoup de pouvoir et tenter de quitter sa caste revient à prendre le risque d’être renié par l’entourage proche d’abord, puis par tous les membres de la castes par la suite, et de ne probablement jamais pouvoir en intégrer une autre… Il en existe un nombre incalculable, certaines sont dites hautes, d’autres basses et toute une catégorie de personnes est nommée intouchables… Ici tout est régi par ce système, de la religion, au travail, en passant le mariage et plus généralement tous les rapports entre les individus…

La religion principale est l’hindouisme, les indiens sont polythéistes et chaque caste à un favoris parmi les dieux, ainsi qu’un guru dont ils suivent l’enseignement via des textes sacrés écrits il y a très (trop) longtemps. Il y a aussi pas mal de musulmans, quelques chrétiens, et d’autres mouvements religieux qui eux aussi se divisent en différentes castes… A la différence de beaucoup d’autres courants religieux les hindous ne font pas de prosélytisme, il est hors de question pour eux de chercher à convertir qui que ce soit… En revanche ils cherchent précisément à ne pas se mélanger avec ceux qui ne sont pas de leur propre caste, justement parce qu’ils ne suivent pas précisément le même enseignement religieux… Selon nous ce comportement tient aussi grâce à beaucoup de préjugés que les humains, ici, ont les uns envers les autres… Un exemple : Les Bishnoï, caste à laquelle appartient Ashok, vivent en suivant 29 règles données par leur guru, l’une d’entre elle dit qu’il faut se purifier en prenant un bain par jour ; Ashok est persuadé que dans les autres castes tous ne prennent pas forcément un bain chaque jour, ce qui en fait des personnes sales et ce qui donc justifie parfaitement de ne pas vouloir se mélanger à eux…

On ne se mélange pas : Il n’y a pas ou peu de mélange entre les membres des différentes castes, cela va de ne pas se parler à ne pas pénétrer la maison de l’autre, ne pas partager un repas… Bref tenter de vivre en ignorant l’autre semble t-il… D’après Ashok cela peut être toléré quand il est question de travail, par exemple, lui se mélange avec des personnes d’autres castes plus basses pour son activité professionnelle, ce n’est pas très bien vu mais c’est accepté… Hormis dans ce contexte précis il fera tout ce qui est en son pouvoir pour ne rien avoir à faire avec d’autres membres de castes différentes qu’elles soient dites hautes ou basses, peu importe… Nous comprenons mieux ce qui aide les gens du coin à s’ignorer si facilement les uns les autres, c’est simplement une vraie volonté de limiter les interactions avec ceux qui ne sont pas de la même caste…
La hiérarchisation des castes, d’après Ashok, ne peut pas être modifiée, mais en revanche chaque caste aimerait bien être perçue comme la meilleur de toute, avec le meilleur dieu, le meilleur guru et le meilleur précepte religieux qui va avec ! Toujours selon lui personne ne voudrait changer de caste, la pression sociale est trop forte et cet essais serait tellement mal perçu que personne n’ose même y penser… Selon lui chaque individu présent dans chaque caste est heureux comme ça ! Là on veut bien l’entendre mais on reste quand même un peu dubitatif… Pour nous c’est dur à croire que quelqu’un qui nait chez les intouchables et est donc dès la naissance destinés à ramasser des cadavres d’animaux ne puissent même pas rêver d’avoir une condition différente… Mais nous ne rencontrerons pas d’autre personne à qui poser la question…

Qu’en est il de l’étranger ? et de nous par exemple ? Nous qui n’appartenons à aucune caste ? Quand nous demandons à Ashok ce qu’il en est de notre présence à ses cotés et de comment cela peut être perçut, il nous répond très honnêtement (et c’est un peu la douche froide !) que les étrangers sont encore plus bas dans leur système de hiérarchie des humains que la plus basse des castes… Que ce n’est pas bien vu de les fréquenter, que normalement il ne devrait pas se mêler à nous, mais que comme il en à besoin pour son travail ça peut être toléré… Mais que lui même dans le fond de son âme sent qu’il est dans l’erreur et qu’il ne devrait pas le faire… Et que beaucoup de personnes ici désapprouvent son comportement…!  Bon là ça nous semble carrément schizophrène comme raisonnement, mais au moins il nous livre son sentiment de façon très honnête… Après ça on finit par se demander un peu si on est vraiment les bienvenus ici, et il faut avouer que notre perception des choses va quand même changer légèrement…
(Aussi il nous explique que ses parents n’apprécient pas notre présence dans leur maison nous sommes tolérés dans le bureau et dans le magasin mais surtout il ne faudra jamais chercher à pénétrer la cuisine ou à entrer dans la maison chaussures au pieds ! La principale raison est que nous sommes sales !!! Et oui on aura tout entendu, mais nous reviendrons plus tard sur ce point ! (Ceci dit c’est peut être en partie pour ça que nous ne sommes pas logés chez lui mais dans une guest à deux pâtés de maisons de là…))

Les emplois à porté de chaque indien sont relatifs à leur caste ; pour ne donner que quelques exemples : Les castes plutôt hautes occupent des boulots dans l’agriculture, le commerce… Dans les classes plutôt basses se trouvent entre autre les artisans et tous les savoirs faire un peu traditionnel aussi beaux soient ils… Les intouchables tiennent ce nom du fait qu’ils occupent des métiers que personne ne souhaiterais faire, ce sont notamment eux qui sont appelés pour évacuer les cadavres d’animaux, récupérer la peau qui deviendra du cuir… Cette tache est trop sale, personne ne souhaite toucher un animal mort, les intouchables le font, donc personne ne souhaite toucher un intouchable !

Voilà une première façon de concevoir la vie et le rapport à autrui que nous avons du mal à admettre, nous qui avons grandi avec l’idée qu’il n’y a pas de sot métier !

L’inde se modernise quand même un peu et certain types d’emplois, ceux donnés par le gouvernement dans la police ou les administrations, ainsi que le commerce, sont aujourd’hui ouvert à tous. Mais les métiers artisanaux appartenant au castes dites basses ne pourront jamais êtres occupé par quelqu’un d’étranger à la caste en question !

La corrélation entre caste et emplois génère des comportements bien étranges… Ici (du moins dans les castes plutôt haute) il n’est pas communs pour les jeunes qui étudient, ou qui attendent de passer un concours de trouver un job pour gagner leur vie ou occuper le temps. Chez Ashok vit son neveu âgé de 23 ans, il veut passer un concours pour trouver un boulot dans le gouvernement, tous deux nous explique très simplement que c’est la planque et que tout ceux qui ne veulent pas vraiment travailler dur optent pour cette option. Le nuveu passe donc ses journées à glander au lit ou devant la télé en attendant la date du concours, et s’il loupe son examen il attendra la date suivante… Continuant de vivre au crochet de la famille ! Quand on explique à Ashok que pour nous c’est très surprenant de se laisser porter comme ça sans rien faire de plus, il nous répond en invoquant encore une fois le système de castes qui ne permet pas que son neveu aille faire n’importe quel travail en attendant de trouver celui qu’il veut vraiment !

Dans le même temps il nous explique que les indiens de manière générale n’aiment pas travailler, n’aiment pas l’effort, n’aime pas être productif… Ici la culture veut que l’activité soit plutôt tournée vers des choses comme la méditation… (heu… En France on appellerait plutôt ça la glande !) C’est pour ça que tout le monde veut un job dans les administrations du gouvernement. C’est pour ça que les prix décuplent parfois à l’arrivée des touristes, c’est pour ça que tout le monde essaye pour un oui ou pour un nom de nous taper des sous dans la rue… Ashok nous le confirme sans honte aucune, disant que oui, en gros la plus part d’entre eux aiment l’argent facile !

Nous on finit sincèrement par se demander s’il n’y a pas un lien entre le fait que les jeunes n’aient pas à connaitre de premières expériences de travail avant d’être placé au poste qu’ils ont décidés d’avoir, et cette volonté d’en faire le moins possible !?

[Quand on expliquera qu’on a occupé des dizaines de jobs différents avant de trouver un emplois qui nous plait, (voir parfois même cela n’arrive pas mais on juste pas le choix !) qu’on a travaillé pour payer nos études, nos repas, nos loyers… Il ne répondra rien mais son regard semble trahir sa pensée… Comme s’il se disait que nous avons effectué des tonnes de taches « impures » et que cela le conforte dans l’idée que nous ne sommes pas vraiment fréquentables…! ]

Pour se marier un indien doit trouver l’âme sœur dans sa propre caste, doit avoir à 100% la même religion, mais ne doit pas porter le même nom de famille… Heureusement que les indiens sont très nombreux sinon ça pourrait vite limiter les choix ! (De notre coté, et pour faire un peu d’humour, on aurait bien envie de dire que tout ça frôle un peu la consanguinité… Mais on s’abstiendra !) Si par chance il trouve la perle rare dans ces conditions il faut encore que les parents valident ce choix… Ashok ne nous en parlera pas mais nous pensons que dans bien des situations les mariages doivent êtres arrangés par les parents sans que les enfant n’aient de mot à dire…
Ashok nous demande pourquoi à l’ouest les gens divorcent si souvent ? Le divorce est très mal vu ici, question d’éthique… Ici les couples savent rester ensemble toute leur vie, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont toujours heureux pour autant, nous dit Ashok…

Nous lui tentons de lui expliquer que cela n’était pas bien vu par chez nous non plus  il y a quelques décennies… Nous supposons qu’aujourd’hui les gens ont conscience que la vie est courte et qu’ils préfèrent faire le choix (puisqu’ils peuvent le faire librement) de se séparer quand les choses ne vont plus, pour être plus heureux… Aussi nous lui expliquons que contrairement à lui nous ne croyons pas à la réincarnation et émettons la possibilité qu’il y ait un lien entre les deux questions…
Il semble admettre cette possibilité mais dans tous les cas pour lui ce n’est pas éthique !

L’éthique quelle grande question ! Et comment expliquer que sa définition semble varier en fonction de nos cultures respectives…? Nous tentons de dire que, par exemple, pour les gens de l’ouest le système des castes pourrait être dit non éthique, mais là nous ouvrons un débat beaucoup plus complexe !
Opposant notre postulat qui veut que chaque être humain soit l’égal de tous les autres à celui qui dit que non : certains individus sont supérieurs à d’autres et que c’est comme ça depuis toujours !  Des individus plus fort sont destinés à prendre le pouvoir sur d’autres, pour lui c’est tout à fait normal, parce qu’il est convaincu que tous les hommes n’ont pas les mêmes capacités au départ… Là c’est un peu dur et la conversation va durer longtemps, plusieurs exemples seront mis sur le tapis, l’abolition de l’esclavage entre autre, mais même cet exemple ne semble pas vraiment lui parler… Là ou nous avons intégré depuis longtemps que la « race blanche » n’est en rien supérieur à la « race noire » (et que d’ailleurs aujourd’hui on ne parle plus en terme de race…) lui ne semble pas forcément comprendre notre point de vue… Et de toute façon pour lui il n’est pas question de racisme, si le blanc a su prendre le pouvoir à un moment donné c’est qu’il en avait les capacités, donc il le méritait…! Pour le coup le débat dure mais reste complètement stérile, on essaye de comprendre son point de vu, mais jamais nous ne pourrons l’admettre ou tomber d’accord, ce qui en vrai semble quand même un peu le contrarier… Il est persuadé d’être dans le vrai parce que lui à lu et étudié le dharma et nous non ! Alors oui c’est vrai que nous la religion on l’a plutôt laissé, derrière, conscient des ravages qu’elle à pu faire au nom d’un dieu ou d’un autre… On préfère intéresser à l’homme simplement, conscient que tout évolue et que l’homme doit s’adapter puisque c’est par lui que les choses évoluent justement, et c’est peut être là notre plus grand tord à ses yeux !

 

Trop de paradoxes que nous ne pouvons pas comprendre… Et des comportements qui nous horripilent parfois…

Des paradoxes hors de notre capacité à comprendre, nous en découvrons tous les jours, voici quelques exemples choisis dans ceux qui sont les plus récurrents…

Ici il est interdit de manger de la viande car la religion interdit de tuer, interdit d’ôter la vie à quelque créature que ce soit… Mais il est autorisé de tuer la planète en laissant 100% des déchets dans les rues et la nature… Nombreuse sont les vaches qui meurent intoxiquées aux plastiques qu’elles ont mangés, on voit des chiots crevés au bords des caniveaux probablement tués pas l’eau qu’ils y ont bu. Mais d’après Ashok le lien entre les deux n’est pas si simple et la question n’est pas du tout la même puisque la vie n’a pas été ôtée directement par la main de l’homme… La faute revient, d’après lui, en totalité aux industries qui sont à la base de la production de tous les matériaux non recyclés ici, (et de la même manière au monde l’ouest qui influence et déforme la culture traditionnelle !) et non aux humains qui continuent de tout laisser dans la rue comme à l’époque ou tous les déchets étaient biodégradables… Là c’est lui qui le dit, et pour nous le lien est plus qu’évident, mais c’est un autre débat dans lequel nous n’entrerons pas… Celui de l’évolution d’une façon de penser et d’agir en relation avec l’évolution d’une société dans laquelle il vit plutôt qu’uniquement avec les principes religieux qu’il suit…

Des centaines d’individus semblent manquer de nourriture et vivent dans la rue mais il est normal d’acheter des vivres pour gaver les poissons, les rats, les vaches et autres animaux parce qu’ils sont sacrés ou habitent un temple… Pour nous c’est le monde à l’envers, mais d’après Ashok les gens qui mendient donnent aussi de leur nourriture à tous ces animaux. « C’est normal ici… » On veut bien tenter de le croire mais on aurait aimé avoir les réponses d’autres individus à toutes ces questions parce que même avec ses explications cela ne nous parait vraiment pas évident !

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Le monde de l’ouest est largement dénigré, probablement même méprisé par Ashok (et certainement par beaucoup d’autres indiens qui préfèrent leurs traditions à l’évolution que connait le monde de façon générale) mais il souhaite quand même recevoir des volontaires qui vont pouvoir l’aider à mieux y vendre ses produits… Il nous semble agir de manière constante dans ce genre de paradoxes, affirmant clairement qu’il désapprouve notre culture, mais cherchant à nous faire connaitre la sienne, (tout en sachant que l’on ne pourra jamais s’y convertir parce que cela ne serait pas accepté ici)  parce qu’elle est selon lui : merveilleuse… Nous on ne dit pas le contraire mais on est parfois un peu frustrés qu’il semble si fermé à la découverte de la notre !

Ashok nous demande de bien vouloir enregistrer son papa lors de sa prière du matin, il tient à garder une trace de ce rituel si important à ses yeux mais (paradoxe 1) il ne prendra pas le temps, quand son papa ne sera plus là, de réciter lui même ses prières pour les transmettre à son fils… Il souhaite que l’enregistrement soit bien fait mais (N2) nous n’avons pas le droit d’approcher à moins de 3 ou 4 mètre du papa sous prétexte (faux) que nous ne sommes pas douchés… Il veut un son d’une bonne qualité c’est pour ça qu’il fait appel à nous et au matériel dont nous disposons mais (N3) il laisse son fils parler en criant devant le micro qui enregistre…!!!

le propre et le sale = le pur et l’impur…
Ici l’eau est considéré comme un élément pur (aussi crasseuse et non potable soit elle) c’est écrit quelque part ! Aussi l’utilisation du papier toilettes n’existe pas ici, alors, (on a pas trop compris comment) les indiens quand ils ont fini leurs besoins utilisent leurs mains et de l’eau pour s’essuyer les fesses… Après quoi ils se rincent les mains vite fait et magie : les mains sont propres car l’eau est pure !!! Et on notera qu’il est assez rare de trouver du savon à proximité des lavabos dans les WC…
J’en viens maintenant à pourquoi nous sommes considérés comme « sales » :
La raison numéro 3 est que nous mangeons de la viande (tout et n’importe quoi d’après eux… l’un d’entre eux était même persuadés que nous mangeons des rats !!! Allez savoir pourquoi ?!) Bon on comprend pas trop ce que manger des animaux à de sales mais ok pourquoi pas…!
La raison numéro 2 est que nous utilisons du papier toilettes et non de l’eau ! Oui mais on se lave les mains et avec du savon quand on a fini notre affaire… Du coup qu’est ce qui est la plus crado des deux options ? Je vous laisse vous faire votre avis sur la question….
Et la raison numéro 1 (Qui est ma préférée…) Nous ne nous lavons pas tous les jours !!!! Oui oui oui… Ashok en est persuadé, quand je lui dit que c’est faux il ne me croit absolument pas…! J’insiste et je me dit qu’il aurait besoin de voir a quel point les salles de bains à l’ouest peuvent être sophistiquées et confortables (genre rien à voir avec les douches froides qui se font à l’aide d’un grand sceau et d’un petit pichet, comme dans la quasi totalité des salles de bains que nous avons vu dans ce pays) Quand je cherche à comprendre d’où lui vient cette idée plus qu’absurde, il me dit qu’il le sait, parce que des gens lui ont dit…! Sur le coup nous sommes 4, deux français plus deux américains à vouloir lui faire entendre raison sur ce point mais rien à faire il ne veut pas nous croire… Allez comprendre pourquoi !?!


Après il nous dit aussi que nous entrons partout chaussures au pied et que ça c’est sale également… Ce qu’il ne sait pas c’est que dans bien des pays les rues sont beaucoup moins dégueulasse qu’ici, et qu’on nettoie très régulièrement le sol de nos intérieurs, quand on voit celui de son bureau on se dit que ça ne doit pas arriver souvent dans cette pièce ! (Et à quitter les chaussures dehors on aura pourris bien correctement toutes nos paires de chaussettes en passant les journées dans sa maison !)
Ce qu’il ne sait pas non plus, c’est que les français, crados que nous sommes ont quand même inventé la poubelle et démontré il a un paquet d’années de cela le rapport évident entre la santé des humains et la propreté des rues ! Mais nous comprenons vite que ça ne sert à rien d’argumenter, son idée semble faite à ce sujet ! Aussi c’est là une question qui est plus de l’ordre de la science que de la religion et donc des faits qu’il ne semble, pour cette raison, pas prêt à intégrer…

Les inégalités entre hommes et femmes nous seront confirmées par Ashok, qui presque les justifie toutes par le biais de la tradition même s’il comprend que cela n’a rien de logique… Il nous dira par exemple que lui peut se permettre de sortir avec nous ou (pour le travail) d’avoir à faire à une femme, mais que jamais sa propre femme ne sera autorisée à sortir de la maison en compagnie d’un homme autre que son mari, son fils ou son frère… Traditionnellement les femmes ne travaillent pas, elles s’occupent de la maison et des enfants ; mais le monde se modernise et de plus en plus de femme occupent un emploi à l’extérieur du domicile. Pour autant il est hors de questions que le partage des taches ménagères soient revu… Ashok est conscient que dans les grandes villes certains couples vivent loin de leurs parents et se défont de cette tradition, mais il nous dit clairement qu’il le désapprouve… (Y aurait il un peu de flemmardise ou de machisme caché derrière cette justification par la tradition ?) Sa femme elle même occupe un emploi, mais ils vivent tous avec les parents d’AShok ainsi que le neveu, Ashok est donc conscient que la pression qui pèse sur ces femmes est donc double mais il ne veut absolument rien changer de ce coté là… Si le papa d’Ashok reçoit des invités alors la femme d’Ashok doit préparer le repas, servir et desservir tout le monde seule (quelque soit le nombre de convives) s’il n’en était pas ainsi c’est toute la famille qui serait déshonorée…

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Ashok appartient à la caste des Bishnoï, cette caste vit en obéissant à 29 règles qui ont été écrite par leur guru il y a plus de 500 ans… Une idéologie qui sur le papier semble belle et très écologique (vous pourrez lire ces 29 règles en fin de page !) mais qui aurait selon nous besoin de connaitre quelques évolutions… Aussi nous constaterons pendant deux semaines avec Ashok qu’il fait un peu son tri parmi celles qu’il décide de suivre et celles qu’il ignore. Et nous ne comprenons pas vraiment pourquoi certaines méritent plus que d’autre d’être suivies… Nous ne comprenons pas comment il fait pour en affirmer certaine avec tant d’enthousiasme et d’intransigeance  alors qu’il se permet d’en bafouer d’autres… Bref ce qui nous perturbe c’est son discours à l’encontre de toute évolution possible par rapport à sa culture, et ses agissements qui ne collent pas à la peau de son discours… Mais là encore ce n’est que notre point de vue et nous ne lui reprochons pas de se défaire de certaine de ses règles, nous avons simplement le sentiment que sans vouloir se l’avouer il est très entre deux… Cette observation ne vient que s’ajouter à la longue liste des faits très paradoxaux auxquels nous sommes confrontés ici…

 

Ceci expliquant cela… Essayant de conclure…!

Les choses à raconter sur cette expérience, en inde de manière générale, et également en échange de service chez Ashok, sont encore très nombreuses, mais cela pourrait être très long d’aborder l’intégralité de notre ressenti et de notre questionnement… Alors je vais simplement essayer de partager certaines des conclusions qui sont nôtres au regard de ce que nous avons observés et de ce que nous avons appris auprès d’Ashok…

Les indiens qui sont trop avenants voient très certainement en nous le touriste, et le potentiel financier qu’on représente, espérant qu’ils vont pouvoir obtenir de l’argent ou s’engager dans un commerce magique avec nous qui leur rapporterait des tonnes de clients… Et donc beaucoup attendent quelque chose de nous que nous pourrons pas leur donner.

Peut être que d’autres le sont à contre cœur parce qu’ils craignent pour leur vie future…

Les indiens qui nous regardent bizarrement sont peut être simplement en train de nous juger par rapport au fait que nous n’appartenons pas à une caste, ou par rapport au monde moderne que nous représentons et qui va à l’encontre de leur croyance et conception de la vie…

Cela semble peut être un peu radical comme potentielle explication mais elle nous a été confirmée par Ashok quand nous l’avons verbalisée de cette manière…

Au final, dans la majeur partie des cas, il est très difficile de savoir si nous éveillons de la curiosité, un réel intérêt ou simplement du mépris… C’est là que ce n’est pas évident à appréhender quand nous nous voulons simplement ouverts à toute culture et respectueux de toutes les personnes que nous rencontrons… Aussi nous sentons bien, surtout les premiers jours, que même Ashok semble émettre pas mal de réservés à notre encontre, et être bien accroché aux idées fausses qu’il a à propos de nous et plus généralement de tous les gens de l’ouest, nous ferons comme si de rien n’était et garderons notre ligne de conduite en essayant de respecter au maximum ses us et coutumes pendant tout notre séjour, au bout d’une bonne semaine la situation semble se détendre un peu et il nous offre plus facilement de partager un thé ou un encas à son bureau en cours de journée…

Avant d’arriver ici nous avons souvent entendu « L’inde tu détestes ou tu adores » pour nous ça reste entre deux… Impossible de dire qu’on déteste parce que plein d’aspects dans la culture ici nous plaisent beaucoup. Impossible de dire qu’on adore parce que l’on se sent en profond désaccord avec trop de points, notamment ceux qui touchent à la condition des Hommes (enfin encore plus des femmes), au respect que l’on porte presque plus à l’animal qu’à l’autre être humain, à la manière dont la religion et les principes qui en découlent peuvent diriger la vie et la façon de penser…
Aussi, pour avoir un avis aussi tranché, peut être nous faudrait il plus de temps ici, pour mieux réussir à comprendre tout ça ? Peut être faudrait il passer plus de temps en inde du sud que dans celle du nord ? (La société y est, parait il, moins patriarcale et le contact plus facile…) Peut être fallait il y faire un séjour plus court pour ne pas avoir le temps de réfléchir et de se confronter à toutes ces questions ?
Enfin peut être que nous ne pourrons jamais nous positionner de façon aussi radicale tout simplement… Dans tous les cas le séjour ici reste une expérience des plus intéressante, riche de réflexions et d’apprentissages tant dans la découverte de la culture indienne que dans celle des nos limites personnelles et de ce que nous pouvons ou non admettre et accepter…

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Les 29 règles des Bishnoïs : écrites par Lord Jambeshvar il y a plus d’un demi siècle…

[Complétées par les questions qui semblent très contemporaines mais qui pour nous se posent vraiment face la lecture de ce texte et à l’observation de la seule famille Bishnoï que nous avons rencontrée…]

1° Observer une mise à l’écart de la mère et du nouveau-né pendant trente jours après l’accouchement (pour éviter des infections et à cause de l’éventuelle fatigue de la mère).

2° Écarter la femme de toute activité pendant 5 jours lors du début de ses règles (pour ne pas la fatiguer et respecter une certaine hygiène). [Ashok me précise aussi que traditionnellement c’est la femme qui doit s’occuper de toutes les taches ménagères ; ces cinq jours par mois sont donc les seuls ou ces messieurs se collent à la cuisine ! Et de la même manière toute femmes qui n’appartient pas au foyer est interdite d’entrée dans la cuisine car on ne peut pas deviner si elle est dans son cycle ou non…! Du coup il semble qu’aujourd’hui il soit plus question d’observer cette regle rapport à l’hygiène qu’a la fatigue des dames…]

3° Chaque matin prendre un bain (dans la tradition indienne, le jour et la date ne changent pas à minuit, mais au lever du soleil ).

4° Maintenir la propreté externe du corps et interne de l’esprit (par un comportement et des sentiments humbles, sans animosité, par la santoshi (« satisfaction » de ce que l’on a), etc.)

5° Prier deux fois par jour (en matinée et en soirée ; en récitant le mantra « Aum Vishnou » par exemple ). [C’est ça qu’on a du enregistrer avec le papa d’Ashok, ça dure presque deux heures ! et c’est également celle là qu’Ashok ne veut pas se donner la peine de faire lui même…]

6° Chanter l’ arti (hymne au Seigneur) chaque soirée.

7° Offrir l’oblation quotidienne au feu saint (havan) avec un cœur rempli de sentiments de bien-être pour tout être vivant, d’amour pour Mère Nature et le monde entier et de dévotion au Seigneur. [Celle là elle nous semble très en contradiction avec ce qu’Ashok pense des étranger ainsi qu’avec le principe de ne pas se mélanger aux autres castes…]

8° Employer l’eau filtrée, le lait et le bois de chauffage soigneusement nettoyés (pour éviter que des insectes soient tués ou brûlés). [Comment peut-il employer sa voiture et sa moto pour ne pas tuer les insectes …?]

9° Être attentif et conscient de ses paroles. [Que dire de celle ci quand Ashok croit dur comme fer à des choses complètement erronées à notre propos…]

10° Pratiquer le pardon avec cœur.

11° Être compatissant par le cœur.

12° Ne pas voler.

13° Ne pas dénigrer, déprécier derrière le dos, quelqu’un.

14° Ne pas mentir.

15° Ne jamais se livrer aux inutiles et excessives discussions, débats, disputes, controverses. [Avec celle ci on comprend mieux pourquoi la discussion sur l’éthique semblait le contrarier…]

16° Jeûner lors de la nouvelle lune (amavas).

17° Réciter les noms saints de Vishnou avec adoration (pratique du Bhakti Yoga, afin d’éliminer les ajar).

18° Être compatissant envers tous les êtres vivants (dayā bhūteṣu). [Mais plus envers les animaux qu’envers les hommes on dirait…]

19° Ne pas détruire les arbres verts (c’est-à-dire non morts).

20° Brûler les ajar (passions de convoitises, d’irritation, d’envie, d’avarice et d’attachement). [Celle ci il ne semble pas vouloir la transmettre à son propre fils, à qui il offre tout le matériel que le petit désire…]

21° Cuisiner soi-même, et ne pas accepter la nourriture cuisinée, conservée, dans des conditions impures (cuisinée avec de la viande par exemple).

22° Fournir un abri commun (That) aux animaux abandonnés (afin qu’ils finissent leur vie dignement et aussi pour leur éviter la détresse, l’abattoir). [Là on se demande encore pourquoi tant d’amour et de soutient aux animaux, mais pas aux autres humains…?]

23° Ne pas castrer les taureaux.

24° Ne pas consommer ni vendre de l’opium.

25° Ne pas consommer du tabac et ses dérivés.

26° Ne pas consommer ni vendre du cannabis.

27° Ne pas boire ni vendre de boisson alcoolisée.

28° Ne pas manger de viande ou d’autres aliments non-végétariens (afin d’épargner, sauver les animaux innocents et parce que tuer pour le plaisir est un péché : c’est le « végétarisme indien », excluant la zoophagie (= ni viande ni poisson) et la consommation d’œufs : manger de la viande est considéré comme le « premier des terrorismes »).

29° Ne pas utiliser de vêtements teints avec la couleur bleue issue des végétaux (en Inde antique, cette couleur était obtenue grâce à un arbre sauvage, l’indigo, et c’est aussi la couleur symbolique de la mort et du tamas, – l’inconscient). [Celle là il est prêt à l’oublier puisque du bleu il en porte…!]

1 réaction à Passer du temps en Inde… Tenter de comprendre certaines choses…

  1. hello, je n’ai pas tout lu j’y reviendrai mais je confirme que les états du sud de l’Inde (Kérala et Tamil Nadu notamment) qui sont communistes surtout le Kérala sont complètement différend
    les indiens sont plus cools, la société patriarcale est moins probante, la femme à sa place, les enfants vont à l’école, bref rien à voir avec le Nord.
    Attention, aux mendiants… Les + riches se doivent de donner chaque semaine à une famille + pauvre, ce qui ne les empêche pas ces derniers d’aller mendier, ça fait partie de leur vie.
    Les autorités indiennes n’aiment pas que l’on donne aux mendiants, mais que font ils pour enrayer ce fléau ?
    (Actualité du jour, l’Inde va acheter des rafales à La France, ça laisse rêveur….. )

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