Quelques mots sur nos premiers jours…

Arrivés depuis à peine 10 jours nous avons déjà vécu plein de moments forts en émotions, de belles rencontres, et d’étonnants instants qui déjà nous poussent à méditer sur notre sort, notre chance et notre devenir…

Premières impressions :

A peine arrivés à Negombo (aéroport international à 30 km de Colombo) nous sommes pris par la chaleur et l’humidité ambiante… Il est 6h du matin ici (1h3O à l’heure de la France) et la fatigue commence à se faire sentir malgré l’excitation de l’arrivée ! Nos premiers contacts avec les Sri Lankais sont très faciles : Ici les gens sont souriants (cette impression se confirmant chaque jour un peu plus) et parlent tous (ou presque) très bien l’anglais ! Il est donc assez aisé de trouver le bus qui doit nous conduire à la gare de Colombo, puis le train qui doit nous mener jusqu’à Galle, et à Unawatuna notre première destination ! Du voyage en train nous ne verrons pas grand chose car la fatigue et la chaleur s’emparent de nous et nous somnolons pendant la quasi totalité des 4 heures de trajet…

Arrivés à Unawatuna nous rencontrons Sarath, Chamila et Primlatha, les gérants de la première guest house où nous séjournons (plus d’info sur cet endroit ici) pendant 3 nuits. A eux trois et pendant tout notre séjour il ne font que confirmer par leur gentillesse et leur bienveillance, l’image que nous avons des Sri Lankais comme étant avenants et souriants !

Depuis Unawatuna :

Nous visitons Galle et son fort datant du XVI° siècle, nous profitons de baignades dans les eaux chaudes de l’océan indien et découvrons avec beaucoup de plaisir les saveurs de la cuisine Sri Lankaise, les promenades dans la jungle alentour et visitons un premier temple. Nos hôtes sont charmants mais l’endroit est très touristique, sur la plage une majorité d’européens… pas vraiment ce que nous sommes venus chercher ici !

Départ vers Kandy :

Après trois nuits passées à Unawatuna nous décidons de partir vers Kandy dans le centre de l’ile. C’est depuis la gare de Galle que nous embarquerons pour presque 7h de trajet !

gare de galle

En attendant le train :

nous avons fait une rencontre qui nous a beaucoup touché et laissé sans mots, le cœur un peu lourd, complètement démunis…

Nous étions assis sur le quai quand une dame est venue s’installer à coté de nous et a engagé la conversation. Probablement interpellée par la vue de nos sacs elle nous demande d’où nous venons ? Ce que nous faisons ici ? Où nous allons ? … Son age semble assez avancé mais elle parle un anglais impeccable et semble sincèrement intéressée par notre présence. C’est quand elle commence a nous expliquer les raisons de sa présence ici que la conversation prend une autre tournure et que petit à petit, sentant l’émotion monter nous perdons les mots justes… Elle nous explique alors qu’elle est venue à Galle pour consulter un médecin… Elle sort de l’hôpital car elle est malade, elle à un cancer… Dans « l’endroit ou se font les bébés » selon ses propres mots. Mais personne ne veut la soigner car elle n’a rien pour payer les soins, ni l’opération… Son mal est soignable, elle nous explique qu’elle ne veut plus/pas d’enfants, qu’ils pourraient tout enlever et la guérir mais que personne ne fera rien pour elle, faute de moyens financiers. Elle commence à sangloter et voyant nos visages qui devaient se décomposer, s’excuse d’en avoir trop dit… Maladroitement nous tentons de la rassurer, lui disant de ne surtout pas s’excuser, alors elle continue de nous raconter sa situation. Elle attend le train mais elle ne veut pas rentrer chez elle car personne ne l’attend… Ses parents et ses enfants sont morts pendants le tsunami de 2004… « J’ai 58 ans, nous dit-elle, mais ma vie est finie… que puis je faire sinon rentrer et attendre la mort…? » « Je n’ai pas envie de rentrer, personne ne m’attend… » Là ce sont les larmes qui nous montent aux yeux mais que nous refoulons de toutes nos forces à l’intérieur de nous même. Comment pourrait-on les laisser sortir compte tenu de notre situation ? Elle s’en aperçoit et s’excuse encore… Encore une fois nous lui disons de ne pas le faire, ne trouvant aucun autre mot pour tenter de la réconforter ou de partager son malheur… Nous sommes désolés pour elle, mais nous n’en dirons rien, que pouvons nous faire ? Elle nous montre son pied, abimé par le tsunami, il lui manque la moitié avant du pied droit, nous ne l’avions même pas remarqué… Voyant que nous l’écoutons avec attention elle quitte sa chaussure pour nous montrer comment celle ci est cassée et lui blesse la peau, elle sanglote… Nous montre les seules 20 roupies qui lui restent et qui ne doivent même pas suffire à lui payer un repas.  Ne sachant que faire nous lui proposons à manger, offre qu’elle décline… Nous insistons lui demandons si elle veut boire quelque chose, et elle acquiesce avouant qu’elle à très envie d’un jus de fruit, qu’elle ne peut plus se payer depuis longtemps, qu’elle est lasse de ne boire que de l’eau… Nous avons une bouteille avec nous que nous lui offrons immédiatement. Elle sourit et semble boire avec gourmandise, c’est tellement peu de choses et nous nous sentons si impuissants… Nous sommes désarmés et désemparés mais certainement pas autant qu’elle. Elle semble s’en rendre compte et détourne alors la conversation pour revenir sur nos vacances (honteusement nous la laissons croire que nous sommes en vacances ici et n’osons pas expliquer notre projet de tour du monde…) elle nous informe que puisque nous avons des billets pour la seconde classe nous devrions aller attendre plus loin sur le quai avant que la foule ne s’y presse. Nous lui laissons quelque centaines de roupies avant de la quitter, sachant pertinemment que cela ne règlera pas ses problèmes, mais espérons qu’elle pourra trouver un peu plus de confort pour les jours à venir. Elle nous sourit, nous souhaite bon voyage… Nous nous éloignons, perdus dans nos pensées, elles mêmes perdues dans son histoire…

« J’ai 58, ma vie est finie » … « Je n’ai pas envie de rentrer car personne ne m’attend »…

Dans le train qui longe la cote vers Colombo, nous méditons ces mots… Je regarde les vagues, leur incessant mouvement et me demande comment peut-on continuer de vivre dans ces conditions, je pense à cette vague de 2004, plus grosse que de raison, qui a tout balayé sur son passage laissant très certainement des milliers de personnes dans des situations similaires. Comment peut on imaginer l’horreur générée et la force nécessaire pour survivre à de tels évènements..?

Nous ne sommes pas assez conscient de notre chance, je ne parle pas de celle qui consiste à se payer le luxe de « partir prendre l’air »… Mais à celle que nous avons d’avoir nos proches en vie, des familles soudées et des personnes qui se soutiennent les unes les autres en cas de coups durs… Nous ne pouvons pas, je pense, imaginer le poids d’une telle solitude… Nous n’avons pas toujours conscience de notre chance d’être nés dans un pays ou l’accès aux soins n’est pas relatif à nos moyens financiers…

Il n’y a pas de conclusion à cette histoire, car nous la méditons encore, sentant l’émotion revenir à chaque fois que nous en parlons tous les deux… Trouverons nous à un moment le moyen d’apporter un peu de réconfort dans de telles situations ? Je l’ignore… Mais c’est une histoire que nous ne sommes pas prêt (et que nous ne voulons pas) à oublier…

en train

Kandy :

Nous arriverons à Kandy la nuit tombée… Kandy est une grande ville, au centre de l’ile, dans les montagnes, et construite autour d’un lac artificiel et d’un temple (Temple de la dent) abritant une relique du Bouddha… A Kandy où nous prévoyions une journée pour visiter nous aurons de la pluie en continu… Nous nous sommes promenés, avons pris l’eau et très peu de photos…

kandy sous la pluie

Quitter Kandy :

Nous quittons Kandy comme nous y sommes venus, par le train, mais de jour nous avons pu admirer la vallée que domine la voie de chemin de fer, les paysages sont splendides et là il ne pleut plus ! (Pas de photos prises sur ce trajet, nous en profitons égoïstement et prenons simplement le temps de profiter du paysage !) Nous retournons à Colombo où nous restons deux nuits pour faire les demandes de visa pour l’Inde et en profitons pour visiter la ville.

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